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Naissance d'Agathe


3ème enfant, 3ème grossesse idyllique. Quelques nausées au début mais rien de bien méchant, jamais de vomissements. Je me sens en pleine forme, je fais mon jardin, on continue les travaux dans la maison, je m'occupe de Chloé et Nathan sans difficultés, je porte encore Nathan dans le porte bébé pour aller à l'école jusqu'aux vacances d'été. Je n'ai pas pris beaucoup de poids en plus, j'ai un petit ventre. D'ailleurs les mamans de l'école ne voient que quand j'arrive dans le dernier mois que je suis enceinte, ça me fait rire car les gens parfois me demande avec hésitation si je suis enceinte alors qu'il ne me reste que quelques semaines !


Ce dernier mois je le savoure, c'est ma dernière grossesse, je me sens tellement belle et épanouie, j'ai envie de rencontre mon bébé dont je ne connais pas le sexe mais j'ai également envie de profiter au maximum de ces mouvements au creux de moi. Je sais que je n'irai pas plus loin que 39SA, comme les 2 précédents. J'en ai la certitude. Je parle même du 8 juillet, lune noire, 38SA+4, je préviens ma mère que ça sera certainement autour de cette date. Elle doit s'absenter alors je lui rappelle que ce jour là, ça serait bien qu'elle soit rentrée.


Le week-end précédent ce lundi 8 juillet je sens que ça se prépare doucement. Je sens que la naissance est proche. Pourtant à part mon col qui s'ouvre doucement les contractions ne sont pas différentes des autres jours.


Le dimanche soir, je sens que les contractions deviennent désgréables. Je passe une très mauvaise nuit mais je n'ai pas le besoin de me lever, Youssef est au travail alors je peux m'installer comme j'en ai besoin dans le lit. Il rentre à 6h, il vient se coucher à coté. J'ai besoin de rester seule alors je me lève vers 7h. Je me prépare pour aller acheter mon pain. Marcher me fera du bien. Peu avant que je parte, Chloé se lève. Je lui dis de m'attendre pour que son frère reste avec elle s'il se réveille.

Pendant le petit déjeuner, je préviens Chloé que si je me lève de ma chaise pour m'appuyer sur la table c'est parce que la naissance se prépare, les contractions sont désagréables et j'ai du mal à rester assise. On a déjà longuement parler de cette naissance, que peut être je n'aurai pas le temps de partir et j'accoucherai ici, que si je crie elle ne doit pas s'inquiéter, elle a déjà vu beaucoup de vidéos de femmes qui accouchent et elle n'est pas impressionnée. On parle de ce petit bébé, on pense toutes les deux que c'est une fille. Je lui demande de ne pas en parler à Youssef pour ne pas l'inquiéter.

Youssef se lève dans la matinée. Je sens que les contractions s'espacent, même si elles restent désagréables, je sais au fond de moi que le travail commence mais que je suis trop dérangée. J'ai besoin de m'isoler mais avec les enfants pas facile. Nous avons des soucis d'internet alors je vais passer un moment au téléphone pour essayer de rétablir la connexion. Finalement, nous devons aller à Mayenne échanger la Livebox. La voiture va peut être faire avancer les choses de mon coté.

L'après midi je vais devoir faire 2 fois l'aller-retour. D'abord en famille puis seule, j'ai donné le fil du téléphone avec la livebox en panne !!

Une fois la connexion rétablie, je fignole le ménage, je l'ai déjà fait la veille mais j'ai besoin que la maison soit propre, je rappelle à mon mari quelques petites choses pour le jour J. Je sens que mon corps est en veille, qu'il attend la tranquilité pour relancer le travail.

Sous la douche, je m'examine, le col a bougé depuis la veille, la poche des eaux commence à bomber très légèrement, c'est un des premiers signes chez moi que le travail a commencé, il ne manque plus que les contractions régulières et plus intenses.

Les enfants sont couchés tôt, Nathan n'a pas fait de sieste, reste Youssef qui traîne à se coucher, moi je discute sur l'ordinateur en prenant ma tisane dans la cuisine.


A 21h06 j'envois un sms à ma mère pour la prévenir de garder son téléphone à portée de main cette nuit, que ça se prépare sans avoir vraiment démarré.

Il fait chaud, Youssef va prendre une douche vers 22h15.

Je vais aux toilettes, pertes rosées, ça y est j'en ai la certitude, la rencontre est imminente mais tant que je ne serai pas seule le travail ne va pas se lancer. Je discute sur Facebook, avec des mamans de juillet, je les surprend par la perception que j'ai de mes sensations, de la connaissance que j'ai de mon corps. C'est comme si j’attendais un rendez vous important. Moi-même je suis épatée par les signes que m’envoie mon corps. Les contractions sont espacées mais je sens qu'elles tirent bien, qu'elles sont efficaces sur le col.


22h30 La sœur de Youssef me parle en discussion privée, je ferme la conversation avec une parole désagréable qui énerve Youssef, je suis gênée de ma réaction alors j'essaie de lui connecter mon netbook à internet, pas moyen, il va finalement téléphoner à sa sœur, j'espère pouvoir être enfin tranquille mais non il se relève au salon, il est 23h passé et je me sens énervée, j'ai envie de l'envoyer balader, de lui dire qu'il me dérange et que je veux qu'il aille se coucher, qu'il me fiche la paix !

Je vais alors prendre une douche, peut être que ça va lancer le travail. Je sent la poche des eaux qui bombe de plus en plus, j'ai peur qu'elle éclate, d'être obligée de le dire à Youssef et de partir à la maternité.

Quand j'en sors Youssef est toujours debout, j'ai envie de pleurer, comme si on me dérangeait dans mes révisions pour un examen important.


Vers 23h30 nous allons nous coucher, j'ai peur qu'il se doute de quelque chose alors je vais faire comme d'habitude puis me relever une fois qu'il dormira. En attendant, je gère les contractions allongée, je ne suis pas bien mais je sais que bientôt je pourrai rejoindre le salon, m'installer sur mon ballon. En attendant, je continue de discuter sur Facebook, certaines sont surprises quand j'explique que j'ai envie que l'accouchement aille vite, que j'ai besoin de faire le travail seule et que je veux accoucher seule, tranquille. Car oui dans ma tête tout est organisé, je reste chez moi, le travail est rapide, bébé naît, j'ai prévu un petit nécessaire dans mon sac, ensuite on appelle le SAMU, je suis transférée à la maternité...

Un tracteur commence à faucher l'herbe dans le champs en face, Youssef râle, il est fatigué.

Enfin il commence à s'endormir, mes contractions qui étaient toutes les 15/30mn commencent à se rapprocher, je me détends, le travail va pouvoir passer à la vitesse supérieure.


0h30 je me lève pour aller aux toilettes, Youssef dort à moitié, je vais prendre une grande couette dans le placard, il ne réagit pas. Je m'installe mon petit nid, musique du Peuple Migrateur, lumière au dessus de l'évier allumée d'abord puis lampe en sel de l’Himalaya ensuite c'est plus doux, mon ballon sur la couette dépliée, quelques noix à grignoter, un verre d'eau pour me désaltérer. Je commence à me mettre dans ma bulle, je me sens enfin apaisée, je suis sereine, je parle à mon bébé, je lui explique que la nuit va être longue mais que nous serons ensemble, je caresse mon ventre, je visualise mon col qui s ouvre à chaque contraction. Très vites elles sont rapprochées, je les compte avec mon téléphone, toutes les 6mn une belle contraction sur une minute. Entre les contractions, je marche dans le salon, je fais le tour de la table, du canapé, puis lorsque la contraction arrive je me met à quatre pattes les bras en appui sur mon ballon, parfois assise sur le ballon, je souffle profondément. Je me sens tellement bien, je suis submergée par les hormones du bien être; les endorphines. Je suis presque euphorique, j'en pleurerai de bonheur d'être enfin en paix pour cette belle rencontre qui se prépare.


2h45 je commence à avoir sommeil, j'irai bien me coucher, entre deux contractions je me sens tellement bien que j'en oublierai l'intensité des contractions, j'en ai une belle qui m'irradie les reins pour me rappeler à l'ordre. Je décide d'aller m'allonger un peu quand même mais Nathan se réveille vers 3h, je vais à son chevet, je somnole, les contractions s'espacent à 10mn, je suis sortie de ma bulle et le travail se ralenti.


Vers 4h, je me rends compte que j'ai réussi à somnoler un peu, les contractions se sont espacées à 10mn. J'ai repris des forces mais Nathan doit sentir qu'il se passe quelque chose. Dès que je quitte sa chambre, il se réveille alors je le ramène dans notre lit. Je compte sur la présence de Youssef pour l'apaiser.


4h23 Nathan ne dort pas, Youssef quitte la chambre il veut aller dormir sur le salon alors je lui demande d'aller dans le lit de Nathan. Je peux m'asseoir sur mon lit le temps que Nathan s'endorme, j'arrive un peu mieux à supporter la douleur qu'en étant allongée.


A 5h je retourne m'examiner. Je passe 2 doigts largement, le col se modifie bien, les contractions sont fortes. Je suis de nouveau dans mon salon sur mon ballon, je supporte mieux la douleur.

5h18 une contraction me coupe le souffle. Le travail s'intensifie. J'ai l'impression que celle là est bien plus longue mais non, elle est simplement plus forte que les précédentes. Je pense que la naissance sera au plus tard en fin de matinée à ce rythme.

Vers 5h40 je m'allonge sur ma couette, j'ai encore besoin de me reposer.Les contractions s'espacent à nouveau pour me laisser un peu de répit. Le corps est tellement bien fait ! Mais à 6h10 une contraction très intense me fait bondir sur mon ballon, c'est dur, j'aimerais que cette douleur disparaisse, je commence à en avoir assez, j'aimerais que ça se termine, je me souviens des jours précédents, revenir en arrière et pouvoir me coucher le soir, dormir tranquillement...

6h15 je retourne examiner mon col, je peux écarter mes 2 doigts dedans, il s'ouvre doucement, pas assez rapidement à mon goût, Youssef va bientôt se lever, je vais devoir lui dire, il va vouloir m'emmener à la maternité, je me sens tellement bien ici je n'ai vraiment pas envie de partir.


6h30 j’entends son réveil, ça y est. Il se lève, me trouve au salon, je lui explique que j'ai passé la nuit ici, que le travail a commencé, oui je vais accoucher, le col est bien ouvert, la poche des eaux bombe. Il est tout chamboulé,il s’assoit près de moi, je lui dis que je suis tellement bien ici, je n'ai pas envie de partir, j'éclate en sanglots, je regrette déjà la solitude de la nuit ou j'étais dans ma bulle. Il essaie de me raisonner, «si on va partir à la maternité» il refuse que j'accouche ici. Je lui explique que j’espérais que ça aille plus vite que ça. Il appelle ma mère, lui demande de venir car je vais accoucher, elle attendait mon appel et n'est pas surprise. Il appelle aussi son travail pour leur dire qu'il ne pourra pas venir car je vais accoucher. Il se prépare rapidement. Je ne sais plus à quel moment il sort, il manque de vomir à cause de l'émotion.

Ma mère arrive, je pleure à nouveau dans ses bras, je lui dis que je n'ai pas envie de partir, je lui raconte ma nuit, elle me répond que c'est le contre coup de la fatigue qui me fait pleurer.

Chloé se lève, Nathan mettra un peu plus de temps à se lever, il a mal dormi. On prend le petit déjeuner en parlant de ce bébé, Chloé sait déjà que la naissance est imminente, je lui avais dis la veille en la couchant, ma mère rigole en disant que seul Youssef n'était pas au courant. Je voulais le ménager, le laisser dormir un peu car si je lui avais dit il n'aurait pas dormi alors que la nuit précédente, il n'avait déjà pas dormi. Je mange quelques petits pains grillés pour prendre des forces. Les contractions s'espacent doucement, mon corps se remet en pause.

Nous allons préparer les affaires des enfants, je rassemble les miennes, je vérifie ma liste que je n'ai rien oublié.

Ma mère part de son coté avec les enfants, j'ai un pincement au cœur, je leur ai fait un gros câlin, ils sont contents d'aller chez mamie. Nous partons de notre coté directions Mayenne. Les contractions sont de plus en plus espacées, je n'en ai aucune durant le trajet. Je préviens sur facebook que je suis partie à la maternité, que finalement ça ne sera pas chez moi, que j'ai les boules.


Nous arrivons peu après 9h. Je crois que c'est une auxiliaire de puériculture qui nous accueille. Elle m’emmène dans une salle d'admission, j'ai un petit regret car sur les 2 ce n'est pas celle où j'étais pour Nathan. Elle me demande de me déshabiller et passer la blouse, la sage-femme va arriver. Elle me demande ma carte de groupe sanguin, le livret de famille, ma carte vitale.

On s'installe, on met la télé, on prend quelques photos sous la pendule. Il est 9h09. Je m’assois sur le lit, je suis détendue mais je me sens « fermée », une sensation étrange, comme si mon corps était là mais mon esprit est ailleurs, je n'arrive pas à m'approprier les lieux.