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Né "différent"


Un jour, le 20 avril 1991, je décidais de sortir du ventre de ma maman. Innocent, pur, vierge de toute expérience, prêt à accueillir ce monde dans lequel nous vivons.

Je n’avais pas encore idée de toutes ces années de souffrance et de lutte qui m’attendaient. J’étais si impuissant vis à vis de ce qui allait ensuite se dérouler tout au long de ma petite existence. Ma famille attendait de moi que je suive les traces d’un petit garçon comme un autre, qui se mêle facilement aux gens, qui joue aux petites voitures, qui pratique le foot avec ses copains, qui revienne avec des petites blessures dues à des chutes ou des petites bagarres… mais mes blessures n'allaient pas ressembler à celles-ci. Elles étaient invisibles, et s’agrandissaient au fur et à mesure du temps. Depuis à vrai dire qu'en 1995, un garçon a profité de mon innocence et me la prise à jamais. Faible, chétif, je n’ai rien pu faire, il m’a provoqué des blessures qui seront par la suite très difficiles à guérir.



Peu à peu, années après années, je me remémorais de plus en plus ce moment que j’ai passé étant petit. Malgré le fait que l’on m’ait pas donné le choix, je me souviens que j’avais apprécié... malgré moi. Ma façon de regarder les garçons a toujours été différente de celle que j’avais envers les filles. Je trouvais les filles très jolies, mais je désirais les garçons. Ce jour, si difficile pour moi, a été aussi le jour où je l’ai compris! Et cela, malgré que je n’avais que quatre ans.

J'ai vécu dans la tristesse depuis ce jour car j’ai aussi compris que j’étais différent. Je n’étais pas celui que les gens attendaient. Je ne trouvais pas ma place parmi mes autres camarades. Je ne savais pas si ce que je ressentais était bien ou mal. Je comprenais juste que les complications allaient grandir en même temps que moi.


J’ai commencé à développer des goûts différents en matière d’habits, de style. Je ne savais pas si j’étais un garçon ou une fille à l’intérieur de moi car pour moi, seulement une fille pouvait aimer un garçon. J'avais honte de ce que j’étais et je ne comprenais même pas qui j’étais d'ailleurs.


Puis, un deuxième événement semblable au premier m’est arrivé à l’âge de huit ans. Cela a été pour moi le vrai début de ma vie sexuelle. Je n’ai pas eu le choix, j’ai accepté ce qu’on me faisait, tout en sachant que c’était mal, j’appréciais déjà à cet âge là.

Cependant, cette fois-ci a provoqué quelque chose d’encore plus terrible en moi, cette sensation de n’être qu’une poupée, un objet, pour assouvir des pulsions, puis jeté une fois utilisé.

Je ressens ceci depuis mes huit ans. Une fois que cet homme a jouit, il est partit, me laissant sur mon lit sans que je comprenne ce qui m’était arrivé. Durant toutes les années qui ont suivis, je n’ai eu que l’impression d’être inutile, inintéressant, et une fois de plus, pas à ma place.

Le regard des gens sur moi était de plus en plus dur à supporter, car j’étais de plus en plus perdu, et de plus en plus féminin. Battu, humilié, incompris, non respecté.. ces mots résument parfaitement toutes mes années d’école, cette peur que j’avais chaque matin à marcher devant les gens, avec la pensée qu’ils se moquaient de moi tout du long, pensée qui s’avérait presque tout le temps juste.

Je ne saurais compter le nombre d’humiliations publiques, surnoms dégradants, récréations jetées sur la route, mes lunettes jetées au fond d’une poubelle… Je me sentais de plus en plus faible. Ma douleur grandissait, les gens devenaient de plus en plus méchants. Si jeune et pourtant déjà l'envie que ma vie s’arrête, tant je souffrais.

J’avais un tel dégoût de moi-même que j'ai même refusé que mes parents viennent me voir danser pour un spectacle à l'école de peur que quelqu’un m’insulte à haute voix et qu’ils aient honte de leur fils. Même ma plus grande passion... je ne pouvais pas la vivre comme je la voulais car je ne me sentais pas à l’aise d’avoir une passion un peu plus féminine que la plupart des garçons de mon âge.



En 2003, je suis tombé amoureux pour la première fois d’un garçon. Lui était différent avec moi. Il était gentil, ne me traitait pas comme tous les autres. Il n’était pas homosexuel mais il n’était pas comme les autres qui se moquaient perpetuellement en me voyant. Je m’accrochai à lui très vite car à peine un peu de gentillesse à l’horizon et je me précipitais pour la saisir. Cet amour à sens unique m’aura obsédé pendant cinq longues et difficiles années. J'étais impuissant face à cet amour qui n’allait jamais aboutir à quelque chose. Ceci a été le premier d’une longue lignée d’échecs.


Plus tard, mon premier copain, lui a décidé de me tromper dès le lendemain de notre relation et de me mentir, me prenant pour un dévidoir occasionnel. Une histoire qui n'aura duré qu’un mois mais qui m’a encore conforté dans l’idée que je n’étais pas digne d’amour et que je n’étais qu’un objet sexuel.


Je décidai ensuite d’annoncer mon homosexualité à mes parents. En premier temps, il me fallait prendre mon souffle pour l'annoncer à ma maman. C’était une des choses les plus difficiles que j’avais eu à faire mais là, il le fallait. Puis, ma maman s’est chargée de préparer le terrain avec mon papa. J’avais très peur de le lui annoncer, lui qui faisait sans cesse des remarques sur les « pd ».


Après quelques semaines à se questionner sur le "pourquoi j’étais homo", ils se sont montrés compréhensifs et ne m’ont pas trop jugés. Mais j’ai senti que je ne leur apporterai jamais ce qu’ils attendaient à la base en me mettant au monde.


Au fur et à mesure du temps, je leur expliquai les détails de ma vie privée, afin de les aider à comprendre mon mal être, mes problèmes avec mon orientation sexuelle. Ils ont toujours été présents pour m’écouter. Heureusement car sans eux, je ne serais peut-être plus là. Ou si, mais alors je n’aurais pas suivi le même chemin.

Mon deuxième copain, lui, a été ma plus grande relation et peut-être la pire d’entre toutes. Soif d’argent, soif de diverses pratiques non-conventionnelles, il a profité de ma crédulité et de ma générosité pour payer la moitié de son loyer. Pourtant, je n’avais pas d’argent comparé à lui, qui était salarié. Ce dernier agrémentait ses besoins d'argent en voyant des hommes généreux qui lui donnaient de l’argent et des cadeaux, contre services sexuels. Il faisait cela avant mon arrivée dans sa vie, et évidemment, pendant notre relation. Je n’en savait rien mais j'ai finis par le deviner en menant ma petite enquête en silence. Cette relation a failli me mener à ma perte car je n’avais plus goût à rien. Je nourrissais ses fantasmes en me déguisant selon ses envies. J'acceptais, pour lui plaire et pour qu’il ne me quitte pas, mais en acceptant ceci, je me suis jamais senti aussi utilisé et sale.

Mon cœur se brisa petit à petit, cette partie de moi si pure et si gentille, a été pressée comme un citron pour en retirer un maximum de jus, mon envie de partir était plus présente que jamais.


Je me suis repris en main car je ne voulais pas renoncer à ma vie. J'avais l'espoir qu’un jour tout se remettrait en place. Je consultais un psychiatre, qui m’a aidé peu à peu. Puis un jour, j'ai décidé de partir de notre appartement, me dirigeant vers une vie plus saine que celle-ci. Suite à cette relation, je n’arrivais plus à me sentir aimable. Je me sentais vide, totalement dénué d’intérêt aux yeux des gens, amis, famille, hommes. Cette peur de ne jamais être assez bien, d’être inintéressant grandissait à une vitesse fulgurante. Mes relations se succédèrent les unes après les autres, principalement basées sur le sexe. J' ai choisis cette voie là, car en donnant mon corps uniquement, je n'offrais pas mon cœur directement. Même si, mon image d'homme-objet me poursuivait.

Toujours le même schéma. Parler, baiser, être oublié.

J’ai construis une barrière, un mur pour me protéger. Je suis devenu quelqu’un parfois de froid, de hautain. Une manière sans doute de ne pas paraître vulnérable aux yeux des hommes... ?

Successions de mauvais choix, dus au fait que j’étais totalement perdu et dans l’incapacité de savoir ce qui était bon pour moi. Je me laissai couler dans ce mode de vie pas franchement glorieux.


Au fur et à mesure du temps, ma personnalité s’est affirmée. Je suis devenu beaucoup plus vulgaire, plus trash. Mon caractère d’enfant si pur et si timide était décidément envolé. A chaque fois que je rencontrais quelqu’un, mon passé me rattrapait et m’empêchait de me faire aimer par quelqu’un. Je faisais peur. J’ai très vite attrapé une mauvaise réputation du fait que l’homme-objet que j’étais, était à son point culminant! D'apparence glaciale, et perverse, j’étais tout ce dont j’avais peur de devenir! Inintéressant et rejeté.


Toutes ces étapes de ma petite vie m’ont menées à prendre une route que je n’aurais jamais pensé prendre étant tout petit. J’espérais bien mieux pour moi! Cette incompréhension du monde qui m’entourait augmentait. Cette peur de l’inconnu, cette honte que j’avais en moi à être moi-même, m’a poussée à vouloir changer de sexe pour avoir une vie normale. Enterrer mon ancien moi et devenir le « moi » dont je rêvais.

Celui d’une femme auprès d’un homme et non d’un homme regardé comme un malade, pervers aux yeux de la société actuelle.


Finalement, j’ai décidé de changer de vie petit à petit, en restant un homme. Ce qui n’est pas encore gagné. J'ai encore beaucoup à faire, mais j’avance en étant conscient de tout ce qui est autour de moi. J’apprends à m’aimer. Je ne cherche plus à être parfait pour tout le monde, je cherche à être celui que je veux être et à m’aimer. Et j’ai enfin compris que l’amour viendra le jour où je m’aimerai assez pour être conscient de ma valeur. Que je me respecterai assez pour ne pas laisser quelqu’un reproduire ce qui a été fait auparavant. Je suis ce que je suis et je ne pourrai jamais le changer. J'aime la personne que je deviens peu à peu.

La vie ne nous fait pas de cadeau, à chacun d’entre nous, que nous soyons homosexuels ou hétérosexuels… alors pourquoi compliquer la vie de notre prochain quand nous n’avons pas connaissance de sa vie et de ce qui se trouve au fond de son cœur ? Chaque personne a un cœur qui peut être fragile, prenez soin des gens se trouvant autour de vous.

Au jour d’aujourd’hui, les choses évoluent peu à peu. Le regard des gens change mais pas encore assez. Ce bébé qui a été mis au monde en avril 1991, n’avait jamais demandé à être différent, à vivre toutes ces horreurs.

Ce bébé, qui devint enfant, puis adulte, a dû faire face à sa propre orientation sexuelle et a dû s’y habituer. Si cela est si dur pour vous à accepter, je vous laisserai juste vous mettre à notre place et imaginer combien c’est difficile d’être regardé de cette façon et de nous accepter nous-mêmes. Non, nous ne sommes pas malades, ni méchants, ni pervers! Nous sommes comme vous, avec nos défauts mais avec un parcours rude et surtout différent depuis notre naissance. Et surtout, souvent nous sommes incompris.

Je ne saurais jamais assez remercier ceux qui m’ont accepté au quotidien, qui m’ont aimé pour celui que je suis. Chaque personne qui nous offre un peu de tolérance, nous offre aussi un peu d’espoir et de réconfort. Nous donne envie d’avancer et de ne pas baisser les bras.

Un jour vous serez peut-être amenés à faire ce chemin d’acceptation pour quelqu’un d’homosexuel dans votre famille, votre enfant? J’espère que vous pourrez lui offrir une vie digne. J’espère que vous pourrez faire passer le message aux gens autour de vous, pour qu’eux aussi changent peu à peu leur façon de voir un homosexuel. Combien de vies allez-vous rendre meilleures ?


Petit à petit, grâce à vous, bon nombre d’enfants ne grandiront plus dans la peur et dans la souffrance… pensez-y, juste un instant....merci.

#Famille #Sexualité #Homosexualité

© 2015 by Aly Douli Doula Mamma