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La puissance de la confiance

Il y a parfois des rencontres dans la vie qui viennent si justement vous donner l’occasion de vous élever. De briser des conceptions parfois non conscientes mais pourtant, si bien ancrées en nous. Et ces rencontres viennent mettre le doigt dessus afin de se veiller à ne pas les faire se cristalliser en nous. Soyons attentifs car la vie nous donne l’occasion perpétuelle de nous former. De nous faire grandir, si pour autant qu’on veuille bien le voir.



La vie m’avait mise sur le chemin de V. en 2012, je crois bien. De loin, je l’avais aperçue se baladant, très sûre d’elle, d’une beauté exceptionnelle avec son gros bidon. J’avais senti ce jour là, sans n’avoir pourtant aucun échange avec elle et en l’observant uniquement de loin, qu’un jour je vivrais un accompagnement avec elle. ça parait dingue?

J’étais loin de me douter que ce jour là, c’est elle qui allait m’accompagner.


V. Je l’ai effectivement rencontrée. Lors d’un projet artistique post-natal, des années plus tard. Le feeling avec elle, autant que ses enfants était très bien passé. Elle était si attachante avec ses petits.


En fin d’année passée, elle m’a alors sollicitée pour un accompagnement de doula. Un accompagnement que je me devais de refuser car j’avais prévu à la date de son terme, vivre le voyage rêvé de ma maman pour ses 60 ans; le Japon, accompagnée de ses 3 enfants.


Croyez ou non en l’Univers, mais celui-ci allait décider que non. Que j’ allais être présente pour V. et son 4ème petit.


Pour se faire, le plus improbable des chamboulements allait se passer! Une pandémie!


Voilà que nous entrons en confinement (semi-confinement en Suisse).

Impossible de décoller pour le Japon. Nous devons rester chez nous. Nourrir notre intérieur. Apprendre à faire du pain, faire école à nos enfants, prendre soin de sa santé et pour moi continuer à me former.



L’Univers continue de conspirer pour moi, j’aurai dû m’en douter. J‘aurais été au Japon, j’aurai sans doute beaucoup appris mais pas autant qu’en voyant enfanter V.


Bref, nous sommes en confinement. V. reprend alors contacte avec moi. Nous convenons alors de ma présence à son accouchement en temps que photographe puisque je ne pouvais que difficilement lui offrir un suivi de doula. V. est déjà à terme et les conditions sanitaires imposées durant le confinement, ne me permettront pas de pouvoir être présente comme je l’aurai souhaité.


En confinement, j’allais donc vivre une naissance à domicile avec cette famille merveilleuse .


6h30 du matin, Valérie m’appelle et m’annonce que c’est pour aujourd’hui. Qu’elle contracte depuis cette nuit et que là, ça s’intensifie. A sa voix au téléphone, elle parle comme si de rien n’était en train de la déranger. Sa voix est tout à fait ordinaire. Je suis surprise. Je me dépêche néanmoins car c’est son 4ème petit et, j’ai plus de 30 minutes de trajet.




J’arrive dans le nid, tout est serein. L’autel de la naissance est incroyable. Plein d’affirmations positives sont accrochées. J’aime ce qu’elle a fait du lieu avec ses objets fétiches. D. son mari, prépare la piscine. Il est le technicien idéal dans cette situation. V. m’accueille très agile, dynamique, très en forme. Joyeuse. Calme. Excitée de la rencontre. Quand une contraction arrive, elle souffle, elle est immédiatement détendue et ça passe.

Son fils est la doula du moment. Il ne la quitte pas des yeux. Il la masse, la caresse.

La sage-femme est présente. Elle est arrivée peu de temps avant moi et observe aussi. Elle connaît bien V. Elle a déjà accompagné à domicile la naissance du 3ème enfant de V. Moi j’observe, je prends mes marques. Je me sens bien avec cette sage-femme qui m’accueille vraiment avec bienveillance et respect.


La sage-femme propose un touché vaginal pour savoir où cela en est. V accepte.

Il est 8h et la sage-femme annonce alors qu’elle est ouverte à 2 cm, que le col est encore long mais mou.

V. annonce fièrement « Ha génial. Bébé sera là alors avant midi! »


A ces mots, nous nous échangeons un regard avec la sage-femme. Je ne sais pas comment interpréter mais je crois qu’elle doute tout autant que moi. Elle lui réponds par un sourire. Je fait de même.


D. gère bien les choses, pendant ce temps, la piscine a fini de se remplir. V. décide donc d’aller dans l’eau. Son fils lui verse de l’eau dans le dos, sur les reins, les épaules. C’est un moment si beau à voir. Une vision de l’enfantement que tout être humain devrait pouvoir avoir l’occasion de voir dans sa vie.



Le bain, le chaud, font que les contractions s’arrêtent. Il n’y en a plus. V. S’inquiète quand même au bout d’un certain temps de nous avoir fait venir pour rien. Mais nous sommes là, on sourit de loin. Sans doute en effet, cela ne sera pas pour midi. Mais on est là, et on restera. On observe. Moi, je capture des instants. Son 3ème enfant est présent. Il s’est réveillé peu de temps après qu’elle soit entrée dans le bain.

Son fils « doula« , lui, continue son travail. Il ne lâche pas sa maman. Il l’enveloppe d’une présence sincère, d’un puit d’amour sans fond.

La sage-femme est au téléphone avec la 2ème sage-femme.

Il est 9h, la fille aînée de V. se réveille. Elle échange avec sa maman. La câline. V. Pleure et lâche vraiment quelque chose à cet instant.





Elle est là, avec tous les siens autour d’elle. C’est une image si belle, je vais la garder précieusement en moi, tel un cadeau précieux. Je la voit elle, aussi savourer cet instant.


Soudainement, une contraction reprend, beaucoup plus intense. Je vois le visage de V qui vit un moment difficile cette fois. Je me tords l’âme de ne pas pouvoir la toucher. L’entourer de mon amour. Fichu Covid. J’aurai tant voulu lui offrir une vraie présence. Un espace temps, long et agréable, lui permet le repos et moi, de gérer ma frustration. Une 2ème contraction agit sur elle tout autant. Je fais un petit signe à la sage-femme pour lui signifier que les contractions ont reprises et que cela semble cette fois, s’intensifier. Elle observe alors, et je l’entends au téléphone demander finalement à sa collègue de venir.